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Antonin
TRICARD

artiste

Activités / CV

Né en 1989, vidéaste de formation, je me suis initié à la photographie analogique lors de mes nombreux voyages et “explorations”. Mes recherches photographiques m’ont régulièrement entraîné dans des décors et situations singuliers, souvent déconnectés de toute réalité. Au fil de mes déplacements, j’ai pu acquérir des artefacts, trésors et autres documentations qui, aujourd'hui, me servent de matière créatrice. Délaissant dorénavant la prises de vue pour « la collection matérielle » tout en expérimentant la lumière, je tente de développer un imaginaire subjectif, se déclinant en plusieurs univers par l’utilisation de différents supports et techniques.

ASA 3000 - installation
L’installation ASA 3000 est une réflexion autour des déchets non recyclables nés du monde de la photographie. Cette pratique, qui autrefois, demandait un temps énorme (temps de pose et temps de développement ) pour faire apparaître une photo, est devenue en quelques années l’un des symboles de la surconsommation moderne. La « prise de photo » connaît un essor abusif et sans pareil depuis les années 2000 avec le développement du numérique et de l’internet. Elle est aujourd’hui impliquée au cœur même du processus de renouvellement sans fin du matériel et de la guerre technologique qui en découle. Qu’en est-il de la période analogique et argentique aujourd’hui délaissée au profit de la course aux pixels ? De nombreux passionnés et professionnels sont pourtant encore au service de cette pratique onéreuse, mais les coûts de fabrication sont sans cesse en hausse pour continuer à pratiquer la capture sur film. Il en découle un problème majeur mais peu connu, car le recyclage des déchets argentiques (pellicules, cartouches, appareils jetables et produits chimiques) a été délaissée et n’est plus pris en compte de part la trop grande diversité de matériaux les composant. Par exemple : les pellicules, en raison des sels argentiques (de type oxyde d’argent, chlorure d’argent, cyanure d’argent, etc… ) qu’elles contiennent, ne peuvent pas être jetées dans la poubelle des ordures ménagères puisqu’elles présentent un risque toxique pour l’environnement ; les appareils dit « jetables » sont parfois dotés de piles (contenant du mercure) indissociables de l’appareil et ne peuvent donc pas être recyclés tant que la pile n’est pas extraite ; idem pour les cartouches car elles contiennent du plastique, du métal, de l’aluminium et des micro-composants électroniques… En faisant des recherches sur la finalité des équipements électroniques mondiaux (dont principalement les smartphones et les appareils photo), on voit très vite que l’Afrique est devenue un des récepteurs principaux (et illégaux) de ces déchets dits « PEEFV ». Parallèlement, j’ai découvert que la divinité « Asa » des Kamba - peuple du Kenya-, était tout autant au-dessus des esprits que miséricordieuse. Appelée également « Mwatuangi » (distributeur), elle assure par ailleurs la subsistance... Par définition aujourd’hui, « subsister » sert à assurer l’existence matérielle. Un contraste évident avec la surconsommation globale et le fait de ne plus avoir véritablement de « besoins nécessaires » dans les biens électroniques. « ASA » est aussi, dans le langage photographique, la mesure de sensibilité à la lumière des pellicules et des capteurs numériques. Ce dieu représente symboliquement le rejet matériel de l’obsolescence et l’opulence exubérante des déchets qui étouffe l’ère que nous traversons. L’entité ambivalente d’un Dieu Père qui abreuve la Terre Mère de denrées néfastes. Il est là pour nous éclairer et prendre conscience que c’est nous, habitants terrestres, qui sommes responsables de notre propre sort pour nous sortir de cette mélasse polluante et parvenir à des solutions durables.


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