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Johann
RIVAT

artiste

Activités / CV

Je suis né en 1981. Après avoir échoué à valider mon année propédeutique au sein de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lyon, j’ai repris en 2003 un cursus à l’École Supérieure d’Art de Grenoble, où j’ai saisi l’opportunité, grâce aux bourses de mobilités de la région Rhône-Alpes et au soutien du directeur Jean-Pierre Simon, d’effectuer un semestre à l’Université de Shanghai 上海大学 au sein du département peinture traditionnelle chinoise. Puis à Shanghai j’ai travaillé deux années comme graphiste pour Publicis Event Asia. Diplômé en 2008 à Grenoble, je suis reparti en Chine pour un poste de directeur artistique junior toujours chez Publicis Event Asia. À cette occasion, j’ai pu poursuivre ma pratique de peinture et participer à différentes expositions collectives et personnelles avec des galeries chinoise, australienne et française. De retour en France en 2010, à Grenoble, dès l’année suivante, j’ai exposé au VOG et publié un premier ouvrage monographique Picturodorme (Éditions 205 ). En 2012, j’ai débuté une collaboration avec la galerie Metropolis à Paris, qui présentera mon travail à différentes reprises. En 2015, j’ai participé à la 13e biennale de Lyon La vie moderne, dans le cadre de Rendez-vous à l’Institut d’Art Contemporain. En 2017, j’ai effectué une résidence à Stuttgart en Allemagne, qui me permettra de rencontrer la galerie Brigitte March, avec qui je collabore depuis mars 2018, année de publication de mon second ouvrage monographique Le dernier Homme (Éditions 205 ). Depuis septembre 2018, je suis représenté en France par la galerie Sabine Bayasli, et je travaille régulièrement avec Michael Wooloworth à des éditions de multiples.

TITRE A VENIR - peintures et assemblage
Ce qu’il reste de nos gestes. Des structures architecturales érigées au centre des grands formats, enceintes d’une nature moribonde, rase ou luxuriante, selon les intentions. Constructions déjà ruines d’une modernité désuète; preuve concrète que l’émergence de l’industrie, puis de la technologie et enfin d’une société fondée sur la consommation a transformer le geste du bâtisseur en une tâche elle aussi programmée pour être obsolète. Ce geste du bâtisseur, de cathédrale, de château, de palais de justice, de forum, de son foyer propre, transmis à ses enfants, puis à ses petits-enfants et peut-être même encore sur des générations, semble nous avoir échappé, s’être dissout dans ce qu’il nous reste d’un concept de « patrimoine ». Concept que nous traversons avec arrogance et nostalgie, lors de parcours fléchés et guidés, à l’occasion de congés payés, d’évènements culturels. Alors si ce geste premier du bâtisseur a disparu : ériger une pierre ou un cercle de pierre pour abriter nos craintes, nos croyances, nos espoirs, notre connaissance, nos être chers en bref, notre rapport au monde...
Alors que nous reste-il ?
Ce qu’il nous reste peut-être encore, c’est faire sens. Et pour poursuivre ici dans l’hypothétique, si l’art - par chance - n’a pas d’utilité, il a bien une fonction. Celle peut-être de devoir faire sens. Créer serait alors faire sens et par conséquent résister au non-sens où notre espèce semble s’être engouffrée et se complaire depuis qu’elle a pris ses distances avec sa nature animale première. Gilles Deleuze s’interrogeant sur l’acte de création lors de sa conférence à la Fémis, avait ces mots: « Créer c’est résister ».
Mais résister face à quoi ?
Si quand il prononce ces mots en 1987, les symptômes étaient déjà présents depuis plusieurs décennies, les maux aujourd’hui, plus de trente ans après, sont devenus palpables et bien visibles — nommés, voire même définis, par Paul Josef Crutzen et Eugene Filmore Stoermer en 2000 : l’anthropocène, cet âge de l’Humain sur une échelle de temps qui lui est inconcevable et invivable, celle des ères géologiques. L’Homme serait alors contraint de résister à lui-même, de penser contre lui et de réfréner ses pulsions pour de nouveau s’inclure en la nature, et non plus se définir par opposition à celle-ci. Cela équivaudrait alors à repenser chaque geste, chaque chose produite pour ce qu’elle est intrinsèquement et non plus pour l’artificiel confort ou le paraître qu’elle provoque. C’est prendre conscience que chacun de nos gestes nous définit aux autres, aux vivants, à la nature, au monde, ainsi qu’au passé et au futur, donc à l’Histoire. Et que c’est là que réside la résilience de notre individualité et ainsi du sens que nous sommes capables de donner à notre présence. « Un homme est la somme de ses actes, de ce qu’il fait, de ce qu'il peut faire. Rien d'autre.» Ce qui reste de nos gestes, c’est le sens qu’ils produisent et bien souvent nous échappe.

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