Vous êtes ici : Version française > invités

Victor
BOUCON

artiste

Activités / CV

Baigné dans le Territoire de Belfort en Franche Comté où j’ai grandi, cadre où se rencontraient campagnes et friches industrielles, j’ai rapidement développé un goût prononcé pour la récupération et le détournement d’objets, un intérêt pour les machines et notre rapport à elles.
Entré en 2012 à l’École Nationale Supérieure d’Art de Dijon, j’ai eu la possibilité d’être au contact d’artistes tels que Germain Huby, Lydie Jean dit Panel, Didier Marcel ou encore Sammy Engramer. En 2015, mon voyage d’étude fut de vivre deux mois en autarcie dans les montagnes, une expérience charnière où j’ai pu construire ma cabane. Par la suite, j’ai travaillé avec l’artiste Laurent Tixador lors d’un workshop à l'école d'art de Toulouse ainsi qu'à Belval bois des Dâmes dans les Ardennes. Diplômé en 2017, je suis parti à Cotonou au Bénin où j'ai réalisé ma première exposition intitulée [IN]Utile. Lauréat du programme de résidence Création en cours piloté par Les Ateliers Médicis, j'ai débuté en 2018 la construction de la pièce Le son du vent dans les feuilles des arbres. En avril 2019, j'ai débuté une résidence aux Halles du Faubourg à Lyon, dont la restitution s’est concrétisée avec l'exposition collective Rituel de l'algorithme de septembre 2019. J’ai ensuite rejoint Dallas aux Etats-Unis pour réaliser une exposition avec l’artiste Xavier Edward Carter, qui fut présentée en novembre 2019 au FRAC bourgogne à Dijon.
Conjuguant réflexions plastiques, poétiques et techniques, le travail du métal plus particulièrement à la soudure et à la forge m’intéresse particulièrement. Progressivement mes recherches se sont axées sur le rapport mythologique que nous entretenons avec les objets et les usages du quotidien bien qu’ils soient issus d’une société mondialisée et industrialisée. Comment, par l’hybridation ou le détournement d’objets et usages, l’artiste peut utiliser l’essence de ceux-ci et en faire des figures mythologiques modernes, telles que le Centaure ou le Sphinx. À travers ces hybridations de machines je tente d'évoquer l’incroyable transformation que l’esprit opère entre l’expérience vécue et l’expérience fantasmée. Les ouvrages Mythologies de Roland Barthes, L’invention du quotidien de Michel de Certeau, ceux de Bernard Stiegler sur le phénomène de Disruption nourrissent mon travail en questionnant le rapport mythologique que l'homme du XXIe siècle construit et entretient avec les nouvelles technologies dans le contexte socio-économique de notre temps.


RACINES - installation
L'homme depuis la nuit des temps met la technique à son service. Cette technique évolue sans cesse et génère de nouveaux outils toujours plus perfectionnés. Des inventions les plus élémentaires comme la poterie aux plus fondatrices comme l'écriture en passant par les technologies numériques de pointe, l'homme est confronté à l'ambivalence de la technique. Nous vivons une nouvelle transition fondamentale dans l'évolution des techniques. L'outil devenant hyper-outil, couplé à un phénomène d'individuation, dû à une virtualisation des rapports interhumains – naissance de l'identité numérique par la mise en scène de soit via les réseaux sociaux, nouveaux territoires politiques – tant à l'assimilation de l'hyper-outil au domaine du corps et de la nature. Fasciné par l'anthropologie, l’archéologie et l'histoire je met en résonance toutes ces questions actuelles en imaginant des figures et objets mythologiques que je nomme archéologie anticipative. Ainsi, on peut se laisser à imaginer un paléodétritus, un mésodétritus ou encore un néodétritus. Futures lointains où l'homme aurait développé un rapport à ses nouvelles technologies et aux nouveaux déchets qu'elles génèrent, relevant presque de son rapport à la nature.
Racines, est une idée d'installation où des ordinateurs, dépourvus de leurs contenants, pendent à la manière de racines. Les moniteurs transcrivent en direct à l’écrit les bruits et commentaires des spectateurs à l’aide d’un logiciel de dictée vocale. Ainsi, la machine capte, enregistre et assimile une part de l’homme et en fait son essence propre.
Comme souvent dans mon travail, il est question ici de jouer avec la part de la machine dans l’homme et la part de l’homme dans la machine. Je veux évoquer à travers cette pièce la singulière dualité, qui à la fois nous libère et nous aliène, comment l’humanité crée et stocke des données depuis la nuit des temps et comment l’humanité de demain saura, ou non, les lire, les comprendre...


Crédit photo : DR